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Le Travail de Soins Familiaux Non Rémunéré (TSFNR) est une réalité quotidienne, souvent invisible, qui
repose majoritairement sur les épaules des femmes.
Ce travail inclut l’éducation des enfants, la prise en charge des proches, la gestion du foyer autant de
tâches essentielles à la vie sociale et économique, mais qui ne sont ni reconnues, ni rémunérées. Pourtant,
elles soutiennent des millions de familles à travers le monde, comme au Mali, où des femmes comme
Salimata Traoré, alias Mochi Sali, incarnent silencieusement cette responsabilité.
Dans l’ombre du foyer : le témoignage de Mochi Sali.
Dans la chaleur accablante d’un quartier animé de Kati-Sananfara, entre deux lessives et la préparation de
bols de bouillie, j’ai rencontré Salimata Traoré, 52 ans, surnommée Mochi Sali. Elle ne possède ni diplôme
d’éducation, ni aide-ménagère, ni congé. Et pourtant, elle élève trois enfants avec une patience remarquable
et une fatigue qu’elle masque derrière ses sourires.

C’était une matinée ordinaire, dans un quartier où les rires des enfants se combinaient avec les voix de
femmes nettoyant le pas de leur porte. À l’angle d’une petite rue, une figure connue.
Pendant plusieurs jours, je l’ai observée, toujours active, jamais au repos. Cette constance silencieuse m’a
poussée à partager son histoire. Mochi Sali fait partie de ces nombreuses femmes soutiens de familles, dont
le travail n’est ni valorisé, ni comptabilisé. Ce travail-là, c’est le TSFNR.
Ces femmes, souvent des mères qui ont évolué en grand-mères, qui, un jour, sans préavis ni formation,
reprennent le flambeau de l’éducation pour leurs petits-enfants. Non pas parce qu’elles l’ont choisi, mais
parce qu’il le fallait.

Un quotidien sans répit

Depuis plusieurs années, Salimata s’occupe seule de Binou (5 ans), Karamoko (3 ans) et Woura (1 an). Sa
fille Mariam, militaire divorcée, travaille à 15 km de Bamako. Sali se charge de tout : lever les enfants,
préparer les repas, faire les courses, s’occuper des maladies, des disputes, des devoirs… Sa journée
commence à 5h du matin, sans réelle fin.
« Je ne parviens jamais à dormir vraiment, surtout avec la petite Woura. Même la nuit, je reste attentive. S’ils
toussent, je me lève. S’ils pleurent, je me lève. Il n’y a pas de bouton pause. ».
Quand je lui demande si sa fille l’aide : « Son travail l’accapare. Quand elle est de service la nuit, je garde les
enfants du vendredi au lundi. »


Salimata ne parle jamais de salaire, de reconnaissance ou de temps pour elle. Ce qu’elle fait est immense,
mais reste non nommé. Elle dit : « Je suis épuisée, mais à qui le dire ? Je bois des feuilles de citron pour la
tension. Je ne veux pas inquiéter ma fille, elle fait déjà ce qu’elle peut. »
Dans sa déclaration, on retrouve toute l’isolement, la noblesse, et la culpabilité enfouie. Mochi Sali
n’exprime pas son mécontentement, car depuis toujours, on lui a inculqué que « c’est habituel pour une
femme ». Que « les enfants, c’est la famille ». Que « cela ne s’achète pas, cela se réalise ». Cependant, ce
qu’elle fait à un prix, et c’est elle qui en subit les conséquences. Ce qui est le plus frappant ? Personne ne
qualifie son activité de travail. Au début, elle-même disait « Je ne fais rien, je reste à la maison ».
Et pourtant elle travaille plus de 12 heures par jour, sans repos, elle éduque trois futurs adultes, elle
remplace l’État, les services sociaux, la famille élargie.
Ce que vit Salimata, des millions de femmes le vivent aussi, souvent dans l’ombre. Et les chiffres sont là
pour le rappeler.

Les chiffres du silence

En Afrique, 34,4 % des femmes déclarent être hors de la population active à cause du soin aux enfants,
contre 3,9 % des hommes.
Chaque jour dans le monde, 16 milliards d’heures sont consacrées au travail domestique non rémunéré et
80 % de ce travail est fait par des femmes, souvent sans reconnaissance. Trois fois plus de temps que les
hommes, les femmes consacrent en moyenne trois fois plus de temps par jour que les hommes aux soins
non rémunérés et aux travaux domestiques (OIT, 2024) .


Selon la trajectoire actuelle d’ONU Femmes, d’ici à 2050, les femmes dans le monde consacreront encore
près de 2,5 heures de plus par jour à des tâches de soins non rémunérées que les hommes.
À l’échelle mondiale, 16,4 milliards d’heures par jour sont consacrés au travail de soins domestiques non
rémunérés, soit l’équivalent de 2 milliards de personnes travaillant à plein temps sans salaire. Les femmes
réalisent 76,2 % de ce travail, et consacrent en moyenne quatre heures et 25 minutes par jour. ( PRB, 2024).
L’Organisation internationale du Travail estime, d’ici 2030, ce nombre devrait augmenter de 200 millions,
dont 100 millions de personnes âgées supplémentaires. Répondre à ce besoin poussera probablement
davantage les familles, et en particulier les femmes et les filles, dans la pauvreté.


Le don de soi invisible

Au Mali comme ailleurs, le Travail de Soins Familiaux Non Rémunéré est fondamental, mais non reconnu.
Il n’ouvre pas droit à la retraite, à la protection sociale, ou même à la reconnaissance morale.
Quand j’ai évoqué les droits, Sali m’a dit simplement : « Je ne fais pas ça pour l’argent, mais j’aimerais
qu’on reconnaisse que c’est un vrai travail. Et si je tombe malade, que va-t-il arriver aux enfants ? »
« Je ne fais pas ça pour l’argent, mais j’aimerais qu’on reconnaisse que c’est un vrai travail. Un jour, si je
tombe malade avec l’emploi du temps chargé de ma fille, que va-t-il arriver aux enfants ? » 

Hommage à celles qu’on ne voit pas

Derrière l’histoire de Mochi Sali se dissimule une vérité générale, le travail de Soins Familiaux Non
Rémunéré à la maison, incluant la garde des enfants, est fondamental dans nos sociétés. Il facilite la
capacité des autres à exercer un emploi, à mener une existence, à construire une carrière, à bénéficier de
libertés. Ce travail n’est pas pris en compte dans les politiques gouvernementales. Il ne permet d’accéder ni
à une pension de retraite, ni à un accompagnement psychologique, ni à un dispositif de sécurité.
Mochi Sali ne recevra probablement jamais de décorations, elle ne sera pas mentionnée comme modèle lors
d’une conférence mondiale, elle n’écrira pas d’ouvrage, mais elle élève seule trois enfants avec amour,
douceur et détermination. Elle leur enseigne la bienveillance, la prière et le partage. Les endort avec des
mélodies et les réveille avec de la bouillie chaude. Elle est certainement l’une des figures les plus
essentielles de leur existence. Cependant, elle reste méconnue du reste de la société.


Si j’ai choisi de raconter son histoire, ce n’est pas seulement pour lui rendre hommage. C’est pour ouvrir un
espace de parole, pour dire à toutes les femmes comme elle : ce que vous faites compte. Vous méritez d’être
vues, entendues, protégées.
Et à ceux qui lisent ces lignes, je pose une question simple : Connaissez-vous une femme comme Mochi
Sali dans votre entourage ? Avez-vous déjà pris le temps de lui dire merci ? De l’aider ? De relayer sa voix?
Car écrire, c’est bien, mais écouter et agir, c’est encore mieux. À vous maintenant.
Si cette histoire vous touche, partagez-la. Parlez-en autour de vous. Et surtout, si vous êtes ou avez été cette
femme silencieuse, n’hésitez pas à raconter votre propre histoire dans les commentaires. Ce blog est aussi le vôtre.

Fadimata Kontao

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