Mali–Algérie : après le froid diplomatique, les deux voisins veulent relancer leur coopération
Après plusieurs mois de tensions marquées par des désaccords diplomatiques et sécuritaires, le Mali et l’Algérie semblent vouloir ouvrir une nouvelle page dans leurs relations. La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s’inscrit dans cette volonté de renouer le dialogue et de redonner un nouvel élan à une coopération fondée sur une longue histoire commune.
Entre le Mali et l’Algérie, les relations ne se résument pas à une simple proximité géographique. Les deux pays partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière, mais également une histoire marquée par les luttes anticoloniales, des liens culturels anciens et plusieurs décennies de coopération politique et économique.
Durant la guerre d’indépendance algérienne, le Mali avait notamment apporté son soutien aux indépendantistes algériens. Cette solidarité historique a contribué à établir, dès les premières années d’indépendance, une relation particulière entre les deux États.
Au fil du temps, cette relation s’est étendue à plusieurs secteurs, notamment l’éducation, le commerce, les échanges économiques, la coopération scientifique et la sécurité. La Grande Commission mixte de coopération a notamment été mise en place afin de donner un cadre institutionnel aux échanges entre les deux pays.
Une relation mise à rude épreuve
Cette proximité historique a toutefois été fortement affectée par les tensions apparues ces dernières années.
En janvier 2024, les autorités maliennes ont annoncé la fin de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Bamako reprochait notamment à cet accord de ne pas avoir permis de mettre durablement fin aux violences et de restaurer la stabilité dans le nord du pays.
Les relations entre les deux capitales se sont ensuite davantage dégradées après l’incident survenu à la frontière en mars 2025, lorsque l’Algérie a annoncé avoir abattu un drone malien près de Tin Zaouatène. L’épisode avait entraîné une nouvelle détérioration des rapports diplomatiques et le rappel des ambassadeurs des deux pays.
Cette succession de désaccords avait installé un climat de méfiance entre deux voisins pourtant liés par une histoire commune.
Bamako et Alger veulent tourner la page
Après cette période de tensions, les signaux envoyés par les deux capitales semblent désormais aller dans le sens d’une reprise du dialogue.
La dynamique s’est notamment accélérée avec les échanges entre les Premiers ministres malien et algérien. Le 24 août dernier, le Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, s’est rendu à Alger pour une visite de travail.
Cette rencontre intervenait quelques semaines après un échange téléphonique entre Abdoulaye Maïga et son homologue algérien Sifi Ghrieb. Les deux responsables avaient alors réaffirmé leur attachement aux relations historiques entre les peuples malien et algérien et leur volonté de relancer la coopération bilatérale.
Lors de son séjour en Algérie, le chef du gouvernement malien avait insisté sur le caractère particulier des relations entre les deux pays.
Pour lui, la proximité géographique impose également une responsabilité commune. En référence à une formule du président algérien Abdelmadjid Tebboune, selon laquelle les deux pays « ne peuvent pas déménager », Abdoulaye Maïga avait souligné la nécessité pour Bamako et Alger de continuer à cheminer ensemble, malgré leurs divergences.
Sifi Ghrieb à Bamako pour renforcer le dialogue
C’est dans cette nouvelle dynamique que le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb est attendu à Bamako pour une visite officielle.
À l’occasion de ce déplacement, le chef du gouvernement algérien est porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune à l’endroit du président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta.
La visite intervient dans le prolongement direct du déplacement d’Abdoulaye Maïga à Alger. Elle devrait permettre aux deux parties de poursuivre les discussions sur les moyens de rétablir progressivement une relation de confiance et de relancer les mécanismes de coopération.
Sifi Ghrieb doit notamment être reçu par le chef de l’État malien et tenir une séance de travail avec son homologue malien.
Au-delà des échanges diplomatiques, les discussions devraient également porter sur les secteurs présentant des intérêts communs pour les deux pays.
La sécurité au cœur des enjeux
La question sécuritaire devrait rester l’un des principaux dossiers de cette nouvelle phase des relations entre Bamako et Alger.
Les deux pays sont directement confrontés aux défis liés à l’instabilité dans l’espace sahélo-saharien, au terrorisme, à l’extrémisme violent et à la criminalité transfrontalière.
La longue frontière commune constitue à la fois un espace d’échanges entre les populations et une zone particulièrement sensible sur le plan sécuritaire. Une meilleure coordination entre les deux États apparaît donc comme un enjeu important pour la stabilité de cette partie du Sahel.
Mais la coopération ne devrait pas se limiter au domaine sécuritaire. Le commerce transfrontalier, les échanges économiques, l’éducation, la recherche et le développement des régions frontalières représentent également des secteurs dans lesquels Bamako et Alger disposent d’intérêts communs.
Une nouvelle page à écrire
La reprise des contacts de haut niveau entre les deux pays traduit une volonté politique de dépasser les tensions récentes sans pour autant effacer les divergences qui ont marqué leurs relations.
Pour Bamako comme pour Alger, l’enjeu consiste désormais à transformer le rapprochement diplomatique en résultats concrets.
Après plusieurs mois de froid, le Mali et l’Algérie tentent ainsi de remettre leur relation sur les rails du dialogue. Leur histoire commune, leur proximité géographique et les défis auxquels ils sont confrontés dans le Sahel constituent autant de raisons pour lesquelles les deux voisins ont intérêt à maintenir ouverts les canaux de communication.
La visite du Premier ministre algérien à Bamako pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans cette volonté de réconciliation et de relance d’une coopération que les deux pays présentent comme stratégique pour leurs peuples et pour la stabilité de la région.
